Divisoria
Vendredi 26 octobre est jour férié aux Philippines. Nous avions donc prévu, avec d’autres volontaires, d’aller faire un tour sur les plages paradisiaques de Mindoro… Manque de chance, il a fait grand beau pour nos jours de travail mais le temps annoncé pour le weekend est mauvais. Pour compenser, nous décidons donc d’aller faire un peu de shopping (j’ai cruellement besoin d’un short !!! ). Nous voilà donc parties pour Divisoria, un quartier de bouiboui réputé pour ses prix pas chers et pour ses vols à la tire… (on ne peut pas tout avoir ! Faut savoir ce qu’on veut !)
Sorties du métro, nous sommes confrontées à quelques bidonvilles comme il y en a un peu partout à Manila. Ils ont particulièrement subi l’inondation de la veille. Nous marchons quelques dizaines de minutes avant de nous enfoncer dans un labyrinthe extérieur de stands plus haut que large, qui se collent à ne plus savoir où l’un s’arrête et où l’autre commence. Les visages se tournent vers nous car on ne doit pas souvent voir des blancs dans le quartier, bien que de nombreux volontaires y passent, ne serait-ce que pour acheter LA paire de ballerine en plastique à 30 pesos ( mois d’1€ ) qui permet de marcher dans l’eau durant les inondations sans avoir à jeter une paire de chaussures tous les 3 jours ! C’est la première fois que je ressens autant de regards sur moi. Il faut savoir qu’ici un blanc, il est riche et Américain. Personne n’échappe à la règle. Il est donc difficile de se fondre dans la masse de façon discrète.
Arrivées au mall (centre commercial), nous rentrons et découvrons des allées de petits stands à perte de vue. Un deuxième labyrinthe s’ouvre devant nous. Les couloirs pour circuler sont très étroits (on a du mal à se croiser à deux) et en hauteur les stands s’étendent jusqu’au plafond (qui n’est pas très haut). Je me suis rarement retrouvée aussi confiné avec autant de gens… pas même à la sortie d’un festival de musique. On devient agoraphobe en moins de 10 minutes.
De retour en extérieur nous retrouvons le premier labyrinthe qui fini par s’ouvrir et s’aérer lorsque les stands de vêtements sont précédés par le marché de fruits, légumes, viandes et poissons frais qui dorent (encore une fois ! ) au soleil ! Je me demande encore comment les gens ne tombent pas gravement malade en achetant de la viande ou du poisson sur ce type de marché…. Nous nous sommes attardées quelques minutes sur un stand de fruits et légumes que nous n’avons pas l’habitude de voir et manger quand soudain un homme s’est jeté sur le dos d’Anne (non, pas l’animal) en lui attrapant les oreilles et en tentant de lui arracher ses (toutes petites) boucles. Durant 3 secondes mon cerveau a été sur pause, sous le choc. Puis j’ai vu l’homme courir au loin, enjambant les stands. Mon cerveau ayant repris une bouffée d’oxygène, j’ai alors senti une tension autour de moi, des regards choqués, outrés… Comme si pendant 1 minute la Terre s’était arrêtée de tourner et que nous étions devenues le centre de gravité… Puis mon raisonnement a repris le dessus et j’ai poussé les filles à avancer, s’éloigner rapidement, faire disparaître toute cette attention que nous avions suscitée…
Épisode clos. Plus de peur que de mal, l'homme était un professionnel du vol à l’arraché de boucles d’oreilles, il n’a pas tiré comme un acharné sur ses oreilles mais a su décrocher les attaches et voler les boucles sans même blesser Anne… Chapeau bas !!
Au final, je suis rentrée bredouille de cette journée car les tailles standards aux Philippines c’est la taille 15 ans… et j’en suis loin malheureusement ! De plus, je ne connais pas ma taille de pantalon à la Philippine. Et sachant que pour essayer les habits, la vendeuse tient un bout de tissu qui vous couvre à moitié... Autant dire qu'il vaut mieux être sur de soi et ne pas tenter 10 essayages !
Je suis décidée à revenir dans ce quartier pour immortaliser cette ambiance du marché de Divisoria si particulière.
