Quelques pensées pendant la tempête…
Nous sommes mardi 20 août 2013, j’écris ce nouvel article depuis ma chambre, le ventilateur est, pour une fois, silencieux et Sigur Ros enchante mes oreilles, m’apaise. Il pleut depuis 3 jours et 3 nuits maintenant. J’entends le son de la pluie s’intensifier et diminuer alors qu’elle vient s’écraser sur les tôles, sous ma fenêtre. L’orage de cette nuit était effrayant. La lumière des éclairs était visible à travers le rideau et mes paupières fermées. La puissance du tonnerre faisait trembler les murs. Aujourd’hui toutes les rues sont inondées. Les taxis ne circulent plus dans les petites rues et peu de tricycles s’y aventurent. L’eau nous arrive jusqu’aux genoux à certains endroits. Les enfants s’immergent et s’amusent dans cette piscine naturelle et sale. On distingue des courants à la surface car l’eau remonte également des égouts. Le ciel lourd et gris recouvre la ville. Il y a beaucoup moins de monde dans les rues que d’habitude. Le quartier semble sinistre. Le bureau a fermé ses portes. Donc nous restons à la maison dont la cuisine a pris l’eau ce matin même. Manille devient plus ennuyeuse que jamais. Je pense aussi et surtout aux familles vivant dans les bidonvilles, aux enfants et aux familles qui sont au RAC. Les inondations sont dangereuses car les enfants peuvent se faire happer par les trous d’égouts que l’on ne distingue plus avec l’eau, les maisons faites de bois et de tôles s’écroulent plus facilement, … Heureusement cette année, la tempête est beaucoup moins dévastatrice que celles des années précédentes.
Et puis les Philippins sont un peuple soudé et généreux. L’entraide est belle à voir. Un jour j’ai vu un chauffeur de jeepney donner quelques pièces à un plus pauvre que lui qui essayait de l’aider à remplir son jeepney de passagers en criant le nom de la destination aux passants. C’est un « travail de rue » très courant à Manille. Malheureusement qu’une seule personne est montée. Pourtant le chauffeur lui a quand même donné de l’argent. Un chauffeur de jeepney gagne difficilement sa vie car bien souvent il loue le jeepney à la journée, l’essence est au même prix qu’en France et un trajet coûte entre 8 et 12 Pesos (environ 20cts d’E). J’avais trouvé ce geste plein d’humanité.
Paradoxalement (car ce pays est rempli de paradoxes ! ), la corruption fait partie intégrante de la vie aux Philippines. Que ce soit le gouvernement, dans les affaires professionnelles ou dans la vie quotidienne. J’ai discuté de ce sujet avec Lux, ami et manager de Kiss Me Friday, et il me disait que pour les élections municipales par exemple (Makati est une municipalité), le candidat qui offrait le plus d’argent et de biens au maire d’un barangay (quartier comme Singkamas) était sur d’avoir le vote des habitants. C’est un exemple parmi tant d’autres. Une semaine après cette discussion, alors que nous étions en route pour un concert avec Kiss Me Friday, Lux était un peu perdu en centre ville et a hésité à un feu entre aller tout droit et tourné à gauche. Il s’est donc retrouvé entre 2 voies l’espace d’un instant. Un agent de police n’ayant rien manqué de la scène (Lux possède une belle grosse voiture blanche), l’a fait arrêter sur le côté. En cinq minutes il lui a clairement expliqué que, pour ce qu’il venait de se passer, il pouvait lui mettre une amende et l’envoyer faire un stage de bonne conduite, le tout pour environ 10 000 Pesos… Ou bien, Lux pouvait lui donner 1000 pesos et il le laisserait partir. Lux a négocié pour 500 pesos et le policier ne voulant pas être vu, lui a demandé comment il comptait lui donner le billet discrètement. Moi, à l’arrière, sidérée, bouche bée et révoltée, j’ai vu la main du policier glisser sur l’intérieur de la porte et prendre le billet, plié en six, dans la main de Lux. Puis nous sommes repartis. Quatre à l’arrière, sans ceinture… Mais ceci ne pose aucun problème !
Pour parler un peu de mon travail, ma mission se finie tout bientôt. Fin octobre. Et soudain je prends conscience à quel point le temps passe vite malgré des périodes qui m’ont parues longues. Bientôt un an que j’ai posé les pieds sur les terres de cet archipel et d’ici 2 mois, le mode de vie, l’atmosphère de la ville, les enfants, les personnes rencontrées, les paysages magnifiques, … tout ce qui compose cette page de ma vie, va se clôturer. Les points négatifs n’ont plus aucune importance et les côtés positifs s’accentuent. C’est ainsi que le dynamisme du début m’est revenu. Je souhaite profiter de chaque moment qu’il me reste ici. Et cela commence par passer plus de temps au RAC, avec les enfants, une fois par semaine. Lors de mon dernier passage, grâce à une donation, nous avions du produit pour faire des bubulles et de la peinture pour visage. Autant vous dire que les enfants étaient ravis et que nous avons pris plaisir à rendre leurs visages colorés ! Nous avons fini la journée avec des mimes sous le regard amusé des enfants.
Et puis il y a aussi les enfants de la Fondation. Lorsque je travaille le samedi, je vais à leurs fêtes, organisées par des entreprises ou des particuliers que je remercie, et je passe un peu de temps avec eux et avec les Nanay (mamans), Tita (tantes) des maisons ; Tout particulièrement la Maison Masaya et le Centre Marco Polo. Ces enfants sont tellement attachants ! L’autre jour, Mary Leen, l’une de mes chouchoutes est venue au bureau car sa marraine lui avait envoyé un gros colis rempli de cadeaux. C’est une enfant très calme, timide. Sortant de sa sieste, un peu dans les vapes, je la prends sur mes genoux pendant que Raphaël lui ouvre son colis. Nous lui montrons la carte, les T-shirts, elle prend dans ses bras la poupée, la peluche, une sucette,… Elle n’a aucune expression sur le visage, ne dit rien… Puis soudain de grosses larmes coulent sur ses joues… C’est dans ces moments là qu’on se souvient qu’avant d’être à Virlanie ces enfants ont vécus dans la rue, au RAC et qu’ils sont passés par des épreuves difficiles que l’on n’imagine pas. Et puis, du jour au lendemain, ils reçoivent un toit, une sécurité, de l’amour, de l’affection et ils doivent réapprendre à vivre avec. Ils ont du mal à assimiler ce changement dans leur vie. C’est ce que j’ai pensé en voyant ces larmes. Larmes qui parlent d’injustice, d’inhumanité et aussi un peu, je l’espère, de bonheur.
Concernant ma mission, je travaille et supervise actuellement la création du nouveau site web de Virlanie tout en continuant à travailler sur la newsletter. Nous avons revu l’organisation du travail concernant la communication. Ainsi je collabore beaucoup plus avec le responsable de la communication locale. Chose pas facile je dois dire et c’est ce qui aura été intéressant dans cette expérience au sein d’une ONG Philippine. Il faut s’adapter au mode de fonctionnement des Philippins, à leur façon de travailler, à leur culture,… et cela m’apprends à être plus patiente, moins directe dans ma façon de dire les choses, à lâcher prise quand une chose ne dépend plus de moi,… Je renforce mes valeurs, fais grandir mon esprit, apporte des réponses à certaines questions, en soulève de nouvelles,… C’est aussi grâce à toutes les belles personnes que j’ai eu la chance de rencontrer ici, volontaires et Philippins. Les départs de nombreux volontaires que j’appréciais beaucoup et dont certains sont devenus des amis ont été à chaque fois des moments d’émotions car nous avons partagé un bout de vie qui ne ressemble à aucun autre.
Alors j’essaye de ne pas penser au mien de départ et je réfléchi à mes prochains projets de vie.










