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14 Dec

Ma vie à Manila

Publié par Babachou  - Catégories :  #Vie Quotidienne

Je vais tenter de vous raconter comment se passe la vie ici, à quoi ressemblent mes journées et vous décrire l’environnement qui m’entoure.

J’habite dans un quartier « populaire » de Manille. Entre le quartier chic de Greenbelt et le bidonville d’Estero. Ici les maisons n’ont aucun charme, les poteaux et les fils électriques décorent les rues. Ici les poubelles sont déposées à même le sol et les chats et chiens errants viennent désespérément y chercher quelque chose de comestible. Ici les chats et les chiens sont effrayants par leurs regards où l’on perçoit la mort qui est proche, par leur apparence squelettique, par leur allure qui traduit une réelle faiblesse. Ici les gens sont habillés très sommairement, tous le monde porte des tongues, vénèrent le jeu « Angry Bird » et écoutent à longueur de journée « Gangnam Style ». Même dans les quartiers pauvres on ressent l’Américanisation des Philippines. Ici les enfants jouent toute la journée dans la rue car il n’y a pas assez de place à l’école pour tous. Le sourire est toujours présent sur le visage de ces gens. Les croiser le matin en partant au travail et avoir droit à des « Good Morning Ma’am » remplis de gentillesse et de vérité, me donne de l’énergie pour toute la journée. J’espère ne pas m’y habituer et l’apprécier encore dans 300 jours.

Je suis épanouie de pouvoir enfin faire un travail utile qui n’a pas pour objectif de simples chiffres sur un compte bancaire. Mes valeurs, mes convictions sont cohérentes avec ma vie de tous les jours bien que l’écologie ne soit pas au cœur des priorités ici ! J’adore mon job même si j’aimerais être plus souvent sur le terrain, en contact avec les enfants. Je collabore avec d’autres volontaires sur la mise en place d’un site web destiné à l’activité de certains enfants et de mères qui produisent des bijoux en matière recyclé, qui font de la peinture sur T-shirt et que nous vendons sur les marchés. Je collabore sur la mise en place d’un programme qui vise à offrir la possibilité à des volontaires de venir s’investir entre 1 et 3 semaines au sein de la Fondation, je rédige mensuellement (avec l’aide d’une volontaire, une autre Pauline ! ) une newsletter pour donner des nouvelles des actions de Virlanie, je mets le site web à jour avec de nouveaux articles, de nouveaux documents,…, j’organise avec d’autres personnes la tournée de la chorale de Virlanie en France pour le mois d’avril, … Le travail ne manque pas en cette période de Noël.

Les enfants se voient offrir de nombreuses fêtes par leurs sponsors. Dimanche nous allons dans une communauté faire un petit spectacle de Noël pour les enfants.

Ce sont dans ces communautés, dans ces bidonvilles que la misère s’est installée, celle que l’on regarde sur nos petits écrans mais dont on ne réalise l’ampleur que lorsqu'on la voit. Je ne suis pas tous les jours directement confrontée à cette triste réalité mais quand elle se présente il faut savoir lui faire face même si on est sous le choc sinon cela devient trop difficile à gérer. J'essaye de prendre le maximum de recul. J’en arrive à ne pas me reconnaitre. Depuis la France j'étais très sensible aux images chocs qu'on aime nous passer à la TV et qu'on affiche sur des panneaux 4/3 et ici j'ai l'impression d'être très en retrait. C’est le cas quand je passe des journées au RAC (centre où l’on recueille les enfants et les familles des rues). J’arrive le matin en ayant une boule au ventre, la gorge sèche et le cœur qui bat fort, qui cogne. Puis je me rappelle que je suis là pour donner un peu de bon temps à ces enfants, que ce qu’ils vivent est plus dur que ce que moi je vis et voit à ce moment là ; et je me détends. Je partage des parties de volleyball, de badminton, des dessins, de la musique avec eux. Ils m’écrivent « I love you Ate » et je repars le cœur lourd… et léger en même temps d’avoir pu offrir un peu de ces précieux moments à ces enfants. En discutant avec d'autres volontaires qui ont le même ressenti, je comprends qu'il s'agit de ma façon de me protéger sur le moment (mon inconscient fait du très bon travail ! ). En réalité toute cette vision de misère laisse une marque, une trace indélébile.

Je ne vous ai pas encore parlé de mes colocataires : Anne, Raphaël et Yut. On forme une bonne équipe ! Nous passons de nombreuses soirées à discuter de Virlanie encore et encore. Nous cuisinons souvent pour 4. Cette Fondation est comme une grande famille. Nous sommes constamment ensemble. Notre maison n’est pas trop mal comparé aux autres maisons (VH) de volontaires car nous n’avons pas de rat qui se balade dans la cuisine ! J’ai ma propre chambre, ce qui est un luxe. Nous avons un petit bout de terrasse qui donne sur la ruelle. Nous avons des voisins très bruyants (enfin plutôt leurs chiens ! Le voisin d’en face en a environ 6 ! Il ferait un élevage parait-il … Nous avons donc droit à des aboiements qui n’en finissent plus, 24h/24).

Voilà ce que je peux dire de la vie à Manila. Comme partout, On prend une routine. Je fais le même chemin tous les jours pour aller au travail, nous sortons souvent aux mêmes endroits, j’ai déjà des habitudes lorsque je fais mes courses, je vais toujours au même petit marché pour les fruits et légumes, … D’ailleurs le manque de nourriture Française commence à se faire sentir… Bien que certains plats soient délicieux, mes habitudes alimentaires sont perturbées. J’essaye de m’adapter à la nourriture philippine tout en souhaitant continuer à manger peu de viande (ce qui est presque peine perdue ici ! ), donc les repas ne sont pas très variés. Je suis en manque du pain de Truc, de fromage (tous ! ), de céréales type quinoa, boulgour (on ne trouve que du riz et des pâtes ici ! ), …Je préfère m’arrêter là, c’est trop dur pour mon palais !

J’espère vous avoir donné un aperçu réaliste de ce que je vis. Tout n’est pas noir ici, loin s’en faut. La chaleur humaine et la générosité des Philippins, le sourire et l’énergie des enfants, l’humour et le partage avec les volontaires,… Tout cela rend la vie plus douce sous le soleil et la pollution de Manila.

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Solidarité en Terre inconnue